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Glenn Gould, un cas à part


Glenn Gould, un interprète à part à la fois phénomène génial et parfois surprenant, voire irritant





GLENN GOULD, ou les petits travers d'un grand pianiste :  


Cette rubrique est inspirée directement par notre lecture du récent ouvrage intitulé Glenn Gould, le dernier puritain, par Kevin Bazzana, Buchet-Chastel, Paris, 2005. Cet ouvrage réalise une biographie, très remarquable, de G. Gould, probablement l'un des plus grands "phénomènes" musicaux du 20ème siècle. Notre intention est de mettre ici quelques réflexions suscitées par cette lecture, une lecture qui n'entame absolument pas notre admiration pour ce pianiste, malheureusement trop tôt disparu. Nous vous conseillons vivement de lire ce livre, vous qui aimez les interprétations de G. Gould, notamment celles de J.S. Bach.


Sites divers à consulter:

     •  http://fr.wikipedia.org/wiki/Glenn_Gould ,

     •  http://www.glenngould.ca/ ,

     •  http://www.pianobleu.com/glenn_gould.html . 

 
G. Gould fut un enfant prodige, né au Canada (Toronto) en 1932. Toronto est alors une ville très puritaine et les parents de Gould, qui "couvent" leur fils, sont également un couple très puritain. Il n'y a que très peu d'artistes interprètes qui, actuellement encore, jouissent d'une telle médiatisation et d'un tel "culte". Cela provient en grande partie du fait que Gould est apparu, dans les années 1945-1955, comme pianiste ayant un style totalement nouveau et plutôt décoiffant, par rapport aux artistes de la même époque. Gould, dès le départ, a joué du piano totalement différemment des autres. Très tôt, il s'imposa, quasi mondialement, comme "LE" spécialiste de J.S. Bach interprété au piano. Dans ce domaine, il a laissé des enregistrements "phares". Notamment sa fameuse version première des Variations Goldberg de Bach: disque monophonique microsillon (ML 5060), de Columbia, mis en vente en janvier 1956. Gould a également laissé des enregistrements (que nous considèrons personnellement comme définitifs) du fameux Concerto en ré mineur pour clavecin de J.S. Bach. Il joua de nombreuses fois ce concerto en tournées, notamment en Europe, remportant chaque fois des applaudissements sans fin et des rappels qu'il ne pouvait interrompre qu'en arrivant sur scène vêtu, même en été, de son manteau, de son écharpe, de sa casquette et de ses gants ! A noter que ce premier disque de Gould, les Variations Goldberg, est resté un monument du disque classique et qu'il s'en vendait encore des milliers juste après la mort de Gould, en 1982. Kevin Bazzana dit: "le Bach de Gould est si vivant et si vibrant qu'il s'empare littéralement de l'auditeur, tout en étant le fruit d'une réflexion. Personne n'a jamais entendu Bach interprété avec un tel mélange de virtuosité et d'érudition". De plus, alors que le retour au clavecin se pratique de plus en plus, grâce à des "moteurs" puissants comme Wanda Landowska, Gould offre, à l'époque, une interprétation pianistique qui laisse "ébahis" ses contemporains les plus connus, comme Herbert von Karajan. Karajan sera un admirateur de Gould et il acceptera de diriger des oeuvres pour piano et orchestre avec lui, faisant table rase des multiples "tics" et "facéties" du pianiste hors normes. Mais quelles sont ces preuves d'incontestables originalité de Gould, originalité qu'il n'a d'ailleurs que bien timidement essayé de contrer, sans succès, à la demande de ses proches ?


-  G. Gould arrive toujours au concert (ou aux séances d'enregistrement) avec des bouteilles d'une eau de source bien précise du Canada, seule eau qu'il tolère apparemment.


-  Il arrive toujours chaudement vêtu (manteau et gants notamment) même en été. Il est très fragile de santé et il attrapera, dans ses tournées en Europe, de mémorables coups de froid l'obligeant à annuler des concerts.


-  Il arrive avant concert ou enregistrement avec des serviettes, et il s'occupe pendant 20 à 30 minutes à se baigner les mains jusqu'aux coudes dans de l'eau chaude au lavabo. Il en profite pour plaisanter !


-  Durant le concert, il dépose facilement un verre de son eau favorite "dans" le piano, pour pouvoir boire, car il transpire beaucoup.


-  Il s'assied toujours sur une chaise pliante mémorable et devenue légendaire, que son père lui avait personnellement bricolée à partir d'une chaise, type chaise de jardin. Il avait mis sous les 4 pieds des rondelles à vis pour permettre un réglage minutieux du siège. Le cuir de cette chaise a fini par se délabrer totalement au cours des concerts, transports, enregistrements. Ce siège était le seul, selon G. Gould, qui lui permettait de jouer le visage pratiquement au ras du clavier et les coudes plus bas que les mains. Elle lui permettait aussi de jouir d'un appui pour son dos dont il souffrit très tôt. Malgré cette chaise complètement inadaptée, pour nous, il met encore assez régulièrement des "plots" noirs sous les pieds du piano pour le surélever et être, ainsi, encore plus proche du clavier !


-  En cas de concert avec orchestre, il arrive très souvent avec une mini-édition du concerto qu'il va jouer. Durant les mesures où l'orchestre joue seul, notamment dans l'introduction, Gould suit la musique sur cette partition et effectue des gestes de "direction", parfois grandioses, qui perturberont plus d'un chef d'orchestre et plus d'un membre de l'orchestre.


-  Gould chantonne ! Ce "tic", devenu légende, parfois imité par d'autres pianistes actuellement, exaspère plus d'un auditeur, mais généralement ce chantonnement est accepté face au génie des interprétations délivrées par Gould. On lui demandera de nombreuses fois de renoncer à ce chantonnement. En homme courtois, il essaya plusieurs fois, mais en vain. Il fallut se résoudre à accepter ses mimiques, ses gestes de "direction" et son chantonnement. Cela faisait partie du spectacle, de l'interprétation !


-  Gould est un homme maladivement frileux. "Il ne se sent bien qu'à 27 ° C", dit-il. Il lui arrivera de jouer en concert avec des radiateurs autour de lui pour palier le manque de chauffage de la salle. Par la suite, avant de cesser définitivement ses tournées hors de l'Amérique du Nord, il refuse même des concerts dans la mesure où les hôtels ne sont pas équipés d'un chauffage central !


Voilà certaines des "manies" de G. Gould, décrites de manière imagée et souvent amusante, par Kevin Bazzana dans le livre mentionné plus haut.


Glenn Gould n'eut en fait que 2 professeurs de piano: sa mère et ensuite le grand pianiste chilien Alberto Guerrero. Ce dernier eut un pouvoir pédagogique considérable sur Gould et fut en grande partie responsable de sa trajectoire. Ils se séparèrent lorsque Gould arriva à l'âge de se produire en tournées hors du Canada, mais Gould resta respectueux de son professeur, dont, semble-t-il, il adopta aussi certains "tics", notamment, dit-on, le fameux chantonnement.


En consultant les photographies du livre de Kevin Bazzana, on assiste à des instantanés de cette vie assez spéciale que mena Gould. On peut notamment suivre le degré de décrépitude progressive de la fameuses chaise mentionnée ci-dessus. Mais Gould refusa toujours systématiquement tout autre siège pour jouer.


On parle maintenant des démêlés de Gould avec la maison Steinway. En 1959, Gould rend visite au siège de la maison Steinway à New-York (Manhattan). Il s'entretient avec des techniciens alors que, dans son dos, arrive un technicien chevronné de Steinway: un certain William Hupfer. Ce dernier pose sa main sur l'épaule gauche de Gould. Gould pousse un gémissement et s'écarte. Hupfer s'excuse. Mais l'affaire ne vas pas en rester là. Gould se plaindra peu après d'avoir été blessé par le geste de Hupfer (un homme il est vrai assez vigoureux). Gould va se plaindre de douleurs nerveuses dans le bras gauche. Il devra consulter de nombreux médecins, passer des radiographies, porter un plâtre en 1960 pendant 2 mois, devant ainsi annuler tous ses concerts. Cette histoire est une véritable "histoire-bateau" que Gould, bien que réellement souffrant, monta, comme l'on dit, "en épingle" auprès de son entourage. Il devait par la suite songer à poursuivre la firme Steinway. Il ne le fit pas mais les deux parties s'entendirent sur un accord de dédommagement pour G. Gould. Cet histoire de blessure arrangea finalement bien les affaires de Gould, lequel, à cette époque, détestait de plus en plus la "vie de saltimbanque" de soliste de concert. Il devait d'ailleurs cesser définitivement de jouer en public en 1964, après un concert à Los Angeles.


Gould était vraiment un étrange personnage. Il recherchait constamment le bon piano pour ses interprétations et son touché si spécial. La firme Steinway prétendait que ses pianos modernes des années 1955 à 1960 étaient les mieux adaptés pour Gould, Gould qui était élevé, chez Steinway, au rang envié d' "artiste-Steinway". Gould préférait quant à lui les instruments Steinway de l'entre-deux-guerres (années 1925). Il devenait difficile, en 1960, de se procurer ces instruments, que Steinway considérait de moindre valeur. Il y avait notamment un petit piano à queue de 1895 (!), fabriqué par un concurrent de Steinway: le facteur Chickering de Boston. Selon Gould, ce piano ancien répondait exactement au toucher qu'il voulait pour ses interprétations de Bach: un toucher léger, répondant immédiatement à la pression, comme un clavecin ancien. Il finit par l'acheter en 1957 pour quelques centaines de dollars et le plaça, religieusement, dans son coin-repaire où il se retirait, seul, chaque fois qu'il le pouvait: le chalet de vacances de ses parents. Mais l'aventure avec Steinway ne se termine pas là ! La grande firme alla jusqu'à fabriquer, pour Gould, ce que l'on peut considérer actuellement comme une vraie horreur: le Harpsi-Piano. C'était tout simplement un piano que l'on appellerait de nos jours, un piano "préparé". Steinway avait enfoncé dans chaque marteau du piano une pièce métallique en "T" qui transformait la frappe en une frappe "métallique", imitant bien mal le clavecin, mais qui satisfaisait Gould. Gould disait de cet instrument: "c'est un piano névropathe qui se prend pour un clavecin". Gould utilisa cet "instrument" dans plusieurs concerts et envisagea sérieusement d'enregistrer des oeuvres de Bach avec ce pseudo-clavecin. Heureusement, la chose en resta là.


Gould, toutefois, fut également organiste à ses heures. Il joua d'un fameux orgue symphonique Casavant de l'église All Saints' (Kingsway) de Toronto. Il jouait de l'orgue, semble-t-il, de manière très inspirée. Un disque fut gravé par lui à l'orgue en 1962: l'Art de la Fugue, contrepoints 1 à 9 de J.S. Bach. Nous ne comprenons pas pourquoi il ne se mit pas réellement au clavecin, instrument qu'il songeait plus à "imiter" qu'à "réellement jouer". Il est vrai que son toucher de pianiste fit des merveilles dans la musique baroque.


Il existe cependant au moins un disque de G. Gould au clavecin: il s'agit d'un enregistrement des Suites 1 à 4 de Haendel (enregistrement en 1972). On ne connaît pas le nom du facteur du clavecin joué alors.


Le piano Steinway de Gould: Gould finit par trouver LE piano qui lui convenait le mieux chez Steinway, pour certains de ses derniers concerts et surtout pour ses enregistrements; il s'agit d'un modèle CD 318 fabriqué à New York pendant la Seconde Guerre mondiale et livré à Toronto pour Gould en 1945. Cet instrument se révéla être un piano fantastique avec un toucher léger, un son clair et un mécanisme répondant rapidement. Malgré ces qualités, Gould ne put s'empêcher de bricoler son piano Steinway, avec la permission de la firme. Il rapproche les marteaux des cordes, le plus possible, et "trafique" les étouffoirs pour qu'ils agissent immédiatement et complètement. Avec ces transformations, on voit bien que le piano se met à fonctionner, mécaniquement, un peu comme un clavecin: réactions rapides à l'enfoncement de la touche, étouffement rapide du son quand on libère la touche. Ces modifications entraînèrent malheureusement quelques défauts: dans le milieu du clavier, à des tempi assez lents, le marteau peut frapper 2 fois les cordes avant de retomber. Cet effet secondaire des "travaux" de Gould est sensible dans certains de ses enregistrements. Gould appelait cela le "hoquet". Gould rebricola son piano et l'effet indésirable finit par pratiquement disparaître.


Gould, nous l'avons dit, avait abandonné définitement la scène dès 1964-65. Il se privait ainsi de cachets assez faramineux que lui proposaient de nombreuses sociétés de concerts. Il avait décidé de ne vivre que du disque et aussi de ses prestations à la télévision canadienne, notamment. Il est sollicité pour de très nombreuses conférences que l'on souhaite voir accompagnées d'un morceau de piano; mais Gould esquive la prestation musicale et prolonge son exposé. Il se contentera de n'illustrer ses propos que de très brèves démonstrations de quelques mesures au piano. Gould va aussi utiliser le disque, devenu unique vecteur de son expression pianistique, comme "laboratoire" pour créer de nouvelles nuances, de nouveaux tempi, de nouveaux touchers dans des oeuvres classiques ou contemporaines qu'il interprète. Ces disques feront très souvent sensation par leur complète originalité, mais ils bousculeront aussi fortement, parfois, l'esthétique à tel point que des critiques négatives arriveront parfois.


Gould fut un ardent défenseur de la musique contemporaine, notamment pour le piano. L'un de ses compositeurs favoris fut A. Schönberg, compositeur autrichien, théoricien de l'atonalité fondée sur le dodécaphonisme sériel. Ce compositeur influença profondément la musique du 20ème s. Toute sa vie, Gould inscrivit des oeuvres de cette Ecole de Vienne à son répertoire. Il interpréta souvent le Quatuor à cordes en ré mineur de Schönberg avec des musiciens qui avaient l'habitude de travailler avec lui à l'époque. Il interpréta également des pièces pour piano de Schönberg, mais également de Berg et Webern, ces deux compositeurs étant, avec Schönberg, les grands représentants de l'Ecole de Vienne. Gould fut appelé plusieurs fois à présenter et expliquer cette musique contemporaine en conférences. Alors qu'il se produisait encore sur scène, il pratiqua beaucoup le style du récital commenté. Ses commentaires n'étaient d'ailleurs pas toujours complètement compréhensibles, souvent un peu hermétiques et malheureusement débités à un rythme accéléré. Le public n'aima pas toujours le style du Gould conférencier, visiblement un peu mal à l'aise et gauche face au public. C'est au piano qu'il se libérait totalement, ignorant alors le public. Ses biographes estiment que les nombreux tics de Gould n'étaient qu'une manière personnelle de se retrouver "comme chez lui", loin d'un public pourtant présent. Il n'aimait pas, en fait, le public, en tout cas pas suffisamment en regard des ovations qu'il recevait. Il détestait les applaudissements. Il donna même une fois un récital en faisant éteindre progressivement l'éclairage de la salle qui fut plongée dans l'obscurité à la dernière note; ceci pour bien montrer que les applaudissements ne l'intéressaient en fait pas du tout: après une fugue de Bach, seul le silence ne pouvait être digne de figurer ensuite ! Nous ne lui donnons pas complètement tort !... 


Nous avons dit plus haut que G. Gould utilisa l'enregistrement comme "laboratoire" pour présenter des interprétations novatrices, à ses yeux, de certaines oeuvres. Ce fut vrai, notamment, pour les sonates de Mozart. A ses yeux, il était inutile de présenter un Mozart "comme en concert". Le disque devait innover, et même, pourquoi pas, heurter les oreilles bien "conventionnelles" de certains critiques d'art musical. Gould ne pratiquait qu'assez peu les collages des bandes magnétiques de ses enregistrements, au début. Il fut même capable, dans quelques cas, de ne rien retoucher sur une prise. Pour d'autres prises, par contre, il fit comme tous les grands artistes et pratiqua le "collage" et l'assemblage d'une plage d'un disque par petits bouts. La technique, vers les années 1960-70, était déjà suffisamment perfectionnée pour permettre cet artifice sans que l'auditeur ne s'aperçoive de rien. Toutefois, Gould faisait notoirement moins de fausses notes que certains autres pianistes, même très grands pianistes. C'est la raison pour laquelle il n'utilisa pas le "collage" de manière très intensive. Gould ne tolérait autour de lui, lors des séances d'enregistrement, que la présence "light" de quelques techniciens qu'il connaissait bien. Il n'aurait pas fait d'enregistrement avec une seule personne de plus, inconnue de lui, dans les parages. En cela, il était devenu un peu "maniaque". Au contraire, un artiste comme A. Rubinstein, voulait un petit auditoire autour de lui pendant les prises de son pour recréer, en miniature, l'effet du public sur lui (il en avait besoin). D'autres pianistes, comme par exemple S. Richter, pratiquaient l'enregistrement "live" (en concert), car en ce qui concerne Richter, il avait besoin de l' "effet du public" pour être à son "top-niveau" d'interprète.


Gould était un chercheur dans le domaine de la prise de son. Il était très exigeant avec les techniciens, mais, il faut le souligner, toujours courtois et souvent même détendu et porté sur la plaisanterie. Il effectua des prises de son assez exceptionnelles à titre de recherche. Par exemple, il place, parfois, des micros par paires à différents endroits de la salle d'enregistrement pour provoquer, par prise de son en 8 pistes, des effets d'ambiance, de réverbération, dont les techniciens, sous sa direction, vont réaliser le "mixage" savant.


Avant de cesser, par décision personnelle vers 1964-65, de ne plus donner de concerts, Gould effectua plusieurs tournées sur le continent Nord-Américain et aux USA, mais aussi en Europe. En Europe, ses tournées tournèrent littéralement, pour lui, au cauchemar. Son grand problème: sa tendance à prendre froid et faire de la fièvre. Il redoutait les hôtels mal chauffés et demandait toujours d'être installé dans un hôtel avec chauffage central; sinon, il commandait, pour sa chambre, une multitude de chauffages électriques annexes pour retrouver ses fameux 27° C nécessaires pour lui. Le chauffage des salles de concert, mais aussi la qualité plus ou moins bonne des pianos le déstabilisaient parfois. Il finit par détester ces déplacements en tournée, malgré les cachets souvent énormes qu'on lui proposait. Il fut aussi très célèbre pour ses annulations de concerts programmés en raison de grippe ou de migraines subites. Les virus s'attaquaient volontiers à lui. Il ne jouissait pas d'une santé robuste et trimbalait dans ses voyages une petite valise bourrée de médicaments, notamment des antihypertenseurs et des antimigraineux, mais aussi des sirops contre les refroidissements; bref, tout un arsenal qui lui causa parfois des désagréments au franchissement des frontières !


La fin de la vie de G. Gould: dès 1976 et jusqu'à sa mort, G. Gould souffre progressivement d'hyperuricémie (excès d'acide urique dans le sang). Il s'imagine même souffrir de calculs rénaux. Il reçoit des prescriptions d'allopurinol (Zyloric°), médicament efficace contre l'excès d'acide urique. D'autre part, Gould reçoit aussi des prescriptions de trifluopérazine, un neuroleptique puissant, actif contre l'anxiété. De 1971 jusqu'à sa mort, Gould consommera du Librax° (un sédatif qui lui calme les crampes du ventre). Gould souffre également d'hypertension. Il tient depuis peu (dans les années 1970) un journal intime où il note parfois ses mesures de tension artérielle (il semble avoir mesuré une fois, en 1980, une tension de 180/118, ce qui est effectivement beaucoup pour un homme de cet âge) [les normes en 2005 sont de ne tolérer aucune valeur supérieure à 130-140/70-80 mm Hg; on voit bien l'écart et le danger qui en découle]. Il reçoit aussi des médicaments contre la diarrhée, contre l'intestin irritable, les spasmes de l'estomac. D'autre part, Gould, qui est probablement un cas de patient "sur-médicamenté" (autant par prescription que par auto-médication), subit les effets secondaires de ses multiples agents thérapeutiques, sans parler des interactions médicamenteuses auxquelles il s'expose sans trop le savoir. Il prend aussi régulièrement du Valium° (le diazépam, une benzodiazépine puissante, active contre l'anxiété, le manque de sommeil et les états spastiques divers). Dans les années 70, Gould rédige des notes personnelles médicales sur les maux dont il souffre. Il est en plus hypochondriaque et consomme beaucoup de produits thérapeutiques. Il commence à se plaindre de douleurs en haut de la poitrine et de problèmes de souffle (les symptômes évidents de problèmes cardiaques et circulatoires + une probable insuffisance respiratoire liée à une insuffisance cardiaque naissante). Sa fameuse chaise serait aussi à l'origine de problèmes circulatoires dans les jambes et de problèmes de la sphère urinaire. Dans ses notes, il décrit bien les symptômes dont il souffre, ce qui permet de le "suivre" dans sa pathologie. Selon Kevin Bazzana, Gould est un être schizoïde dont les médecins définissent bien les problèmes rencontrés avec son entourage (et aussi avec le public): "reste avec moi" et "tiens-toi à distance". Gould va souffrir de plus en plus. Pourtant, il continue à produire des disques et à donner des conférences tant à la radio qu'à la télévision. Il s'achète son propre équipement d'enregistrement, le meilleur à l'époque selon lui. Il fait ses propres enregistrements dans un auditorium de Toronto, ayant, selon lui, " l'une des meilleures acoustiques du monde". Il s'agit de l'auditorium Eaton, au 7ème étage d'un magasin du même nom, dans un immeuble de style Art Moderne (1930). Ses enregistrements de cette époque portent sur Hindemith, Sibelius, Bach (les 7 Toccatas, les Suites anglaises), Beethoven (sonates). Il produit aussi, en 1980, un disque intitulé "The Glenn Gould Silver Jubilee Album", avec des oeuvres de Scarlatti, de C.P.E. Bach, de Gould lui-même, de Scriabine, de Strauss (avec Elisabeth Schwarzkopf, 1966), de Beethoven-Liszt (Symphonie pastorale), et une "Glenn Gould Fantasy" (1980).


A ce propos, Gould, qui a toujours voulu être un grand compositeur, n'a pas laissé, dans ce domaine, des oeuvres impérissables. Il a produit un Quatuor à cordes en entier, mais a surtout laissé des débuts d'oeuvres grandioses, dont un opéra, non terminées et souvent à peine esquissées.


Au milieu des années 1970, il va travailler avec l'ex-ORTF française, pour une série de 4 téléfilms avec Bruno Monsaingeon, violoniste. C'est Monsaingeon qui propose à Gould ce travail après avoir découvert le grand pianiste par ses disques. Ces films, que l'on peut encore se procurer, se déroulaient dans un studio complètement blanc (Bazzana parle de studio dépouillé, très "gouldien"). Ces films contiennent des intermèdes de présentation et de dialogue. Gould aura ensuite encore des projets avec B. Monsaingeon, mais tous n'aboutiront pas, car la maladie, cette fois, est là ! En 1977, Gould ressent des problèmes sérieux qui vont, maintenant, entraîner une perte de qualité de son jeu (du moins c'est lui-même qui en parlera ainsi). Il relève un manque de coordination dans sa "mécanique précise de production musicale". Il ressent des douleurs aux jointures, douleurs qu'il attribue aux effets secondaires de ses antihypertenseurs. Gould, dans son journal, donne des descriptions remarquablement précises de ses maux. Un grand neurologue de l'Université de Californie a publié un article, en l'an 2000, indiquant que Gould a souffert de "dystonie focale" (selon Bazzana: une "crampe professionnelle"). Pourtant, sa technique reste encore parfaite. Il y a des gens qui ont scrupuleusement analysé ses films produits au terme des années 70; ils assurent avoir perçu des modifications dans sa mécanique des doigts, avec des postures, inhabituelles chez lui, de certains doigts. Mais Gould continue à travailler et à explorer la musique, l'électronique, les pianos: il teste les pianos Yamaha et trouve leur mécanique remarquable. Il achète un Yamaha de concert en 1981 (année de construction: 1975). Gould va refaire un enregistrement des fameuses Variations Goldberg de Bach (album lancé en 1982). Cet album va susciter énormément d'attention dans le monde du disque et de la critique; Gould a voulu présenter une version plus méditative et aussi plus austère. Contrairement à la version de 1955, en 1981-82, Gould "fait les répétitions de la première phrase des 9 canons et des 4 autres variations présentant une véritable écriture contrapuntique" (propos de K. Bazzana). Ce second enregistrement est nettement plus exigeant intellectuellement que le premier.


La fin de sa vie: nous en savons un peu plus sur la vie intime de Gould, grâce au livre de K. Bazzana. Je pense qu'il faut laisser cela entre parenthèses; cela fait partie de la sphère privée d'un grand artiste, même décédé. Bazzana vous en dit plus: lisez son livre remarquable. Gould va mourir en octobre 1982. Il a 50 ans. Il a de grands maux de tête. Il se plaint, le 27 septembre, d'avoir la jambe gauche engourdie et d'avoir un mal de tête croissant. Il est hospitalisé en urgence. Le 29 septembre, il a du mal à parler, il a un terrible mal de tête. Le 30 septembre, il est inconscient. Le 3 octobre, il est sous assistance du maintien des fonctions vitales. Le lundi 4 octobre 1982, on retire les appareils de maintien en vie. A l'autopsie, on constate que Glenn Gould est décédé d'un AVC (Accident Vasculaire Cérébral). Sur sa modeste tombe sont gravées les 3 premières mesures de l'Aria des Variations Goldberg de Bach.

"Mais l'extraordinaire vie posthume de Glenn Gould vient de commencer" (dernière phrase du livre de K. Bazzana) ! 

 


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